
14 Novembre 2010
Vincent termine 5ème de la Route du Rhum 2010. Il a franchi la ligne d’arrivée à 7h 05 min 52 secondes (HF) soit dans la nuit en Guadeloupe. Quelques heures plus, tôt, Safran prenait la 3ème place au nez et à la barbe de Virbac Paprec.
C’est dans un souffle d’air chaud mais faible (2 à 3 nœuds) que Vincent a coupé la ligne. Sa femme, ses enfants, son équipe technique et ses partenaires étaient venus l’accueillir. Forcément, Vincent se dit déçu de cette 5ème place, lui qui partait favori de Saint Malo il y a 14 jours. Cette Route du Rhum a été particulièrement exigeante avec les solitaires mais Vincent a su accrocher le groupe de tête dès le départ et est même resté plusieurs jours sur la deuxième marche virtuelle du podium. Pour lui, la course s’est jouée dans les dépressions successives de l’Atlantique Nord. Nombreuses transitions météo, mer difficile, petit temps… les conditions rencontrées ont été radicalement différentes de celles habituelles pour la saison. Les monocoques ont d’aille! urs dû rallonger considérablement leur route. Vincent a effectué 500 milles de plus que la route théorique.
A l’arrivée à Pointe à Pitre, le skipper de PRB est revenu sur les problèmes techniques rencontrées durant cette transatlantique. « Des défauts » de jeunesse comme il les qualifie. Ces défauts révélés vont permettre d’optimiser et de fiabiliser le nouveau PRB pour mieux construire l’avenir, « sortir plus fort de ces événements » comme l’explique Vincent.
Le bateau devrait partir rapidement vers Saint Barthélémy. L’équipe technique prendra alors quelques jours pour effectuer les réparations nécessaires avant de partir pour le convoyage retour. Ils devraient rallier la Bretagne début décembre.
Interview de Vincent à son arrivée à la darse de Pointe à Pitre :
Comment s’est passée cette course ?
« Cela a été long et douloureux. Je suis content d’arriver. C’est parti sur les chapeaux de roues. On est parti à fond, on a navigué à fond, on est arrivé au ralenti mais à fond dans la tête. Pour arriver ici, ce n’était pas simple, il a fallu se démener les derniers jours. Ca s’est joué dans les fronts successifs de l’Atlantique Nord où il fallait aller vite tout le temps. »
Quel bilan fais-tu ?
« Personnellement, pour moi, c’est décevant mais il faut savoir que ce n’était pas les conditions idéales pour les bateaux neufs. Les conditions étaient assez radicales, il fallait attaquer tout le temps dans des conditions de vent et de mer difficiles. On l’a vu, ceux qui avaient un nouveau bateau, qui avaient envie d’apprendre à s’en servir sans le casser et qui n’avaient pas encore trouvé toutes les manettes comme moi, n’ont pas eu une course facile. Maintenant, je pense qu’il y avait quand même une carte à jouer et on est passé à côté. Il va falloir sortir plus fort de ces événements. »
La victoire de Bilou ?
« Propre, dans la régularité. Il a été rapide tout le temps, il n’a jamais lâché dans les fronts et dans les conditions difficiles de la fin, c’est parti par devant. »
As-tu eu de la casse sur le bateau ?
« Des petits problèmes de jeunesse. J’ai passé un peu trop de temps à l’intérieur du bateau à bricoler et pas assez de temps sur la table à cartes ou sur le pont. J’ai eu pas mal de soucis d’énergie qui m’ont crée d’autres soucis derrière (centrale de navigation, pilote, ….). J’ai découvert aussi des soucis de ballasts qui m’ont pas mal handicapé. C’est au travers de ces petits détails là qu’il va falloir faire progresser le bateau. Cela va nous permettre d’être meilleur dans l’avenir. Je sens que le bateau a un excellent potentiel. Le niveau en IMOCA aujourd’hui est super élevé. Il faut être à 100% du début à la fin. Pour gagner ces courses là, il ne faut pas faire un sans faute mais quasiment ! C’est une Route du Rhum qui restera dans ! les annales car on a été très vite et très lentement et on a parcouru une distance assez incroyable. Dans les 5 premiers qui arrivent là, tout le monde a bien navigué. Personne n’a rien raté que ce soit en trajectoire ou en manœuvre, tout le monde a passé tous les systèmes météo sans couacs. C’est preuve qu’il y avait vraiment du super niveau ! »
Retrouvez l’intégralité du son sur le site : www.prb.fr
Les chiffres clés :
Heure d’arrivée : 07 heures 05 minutes 52 secondes (heure de Paris)
Temps de course : 18 heures 03 minutes 52 secondes
Vitesse moyenne sur l’eau : 11,37 nœuds
Distance totale parcourue : 4 026 milles
Ordre d’arrivée des 5 premiers IMOCA :
1 Veolia Environnement à 13 j 17h 10m 56s
2 Brit Air à 14j 1h 6m 7s
3 Safran à 14j 12h 28m 2s
4 Virbac Paprec 3 à 14j 15h 11m 13s
5 PRB à 14j 18h 3m 52s
13 Novembre 2010 : Eloge de la lenteur
A retenir :
- Coup d’arrêt sur la flotte des IMOCA qui navigue dans une zone sans vent depuis cette nuit
- Vincent a bien progressé hier et resserré son écart avec le leader
- PRB est 4ème au classement de 12h
- Problèmes d’électronique et d’hydraulique à bord de PRB
Pas de vent pour le final. Le scénario était prévisible mais sur l’eau, après 13 jours de course, c’est dur à vivre. L’ensemble des 60’ (hormis les deux sudistes que sont Akena Vérandas et Foncia) sont entrés dans une zone sans vent dans la deuxième partie de nuit et atteignent des records de… lenteur : 1,8 nœuds de moyenne sur 4 heures pour Roland Jourdain à 12h, 1,6 nœuds pour PRB. A 88 milles de l’arrivée, la fin de cette Route du Rhum s’annonce tortueuse et laisse plus que jamais la porte ouverte pour l’accession au podium.
Vincent, malgré les conditions difficiles, se réjouit de voir que le jeu est une nouvelle fois relancé. Le skipper de PRB ne lâche rien et a d’ailleurs effectué hier une très belle journée. « J’ai attrapé le front. Il y a avait une bande de 15 milles de large dans laquelle il y avait de l’air. Il fallait rester dedans » explique-t-il ce matin. Ce petit coup lui a fait gagner près de 30 milles en 24 heures et il a de nouveau repris la 4ème place. Ce midi, 32 milles le séparent de Brit Air, 2ème et 10 milles de Paprec Virbac, 3ème.
Cette bonne opération l’aide à relativiser la situation actuelle. « Je me suis mis sur la route, à pomper avec les vagues. Depuis ce matin, je progresse à une fois, une fois ½ la vitesse du vent ce qui n’est pas si mal » ajoute Vincent. Avec son nouveau PRB, plus léger que les bateaux de la génération précédente, il peut espérer tirer son épingle du jeu. Mais pour cela il faut être attentif au moindre signe pour ne pas rater la risée qui pourrait faire repartir PRB. Concentration maximale, fatigue physique et intellectuelle… Jusqu’au bout, cette Route du Rhum aura été particulièrement exigeante avec les marins !
Problème d’électronique et d’hydraulique à bord de PRB :
A la vacation ce matin, Vincent a expliqué qu’il avait depuis une semaine des problèmes électroniques. Les batteries ne fonctionnent pas correctement. Dès que Vincent manipule sa quille, elles se coupent. Le skipper de PRB rencontre également un problème d’hydraulique qui entraine un basculement de la quille sous le vent dès que les conditions sont ventées. C’est le clapet de compression qui ne fonctionne pas bien. En conséquence des arrêts brutaux générés par les black out batteries, la centrale de navigation a été endommagée. Le pilote fonctionne donc uniquement avec les données du compas et Vincent doit naviguer « à l’ancienne ». « Je suis à la pompe manuelle et je prends le vent à l’extérieur du bateau mais on survit, on arrive à naviguer quand même » explique-t-il. Ces problèmes ne facilitent pas le travail de Vincent mais en une semaine, il a appris à anticiper pour être le moins gêné possible.
Vincent à la vacation ce matin :
« Je suis fatigué un peu quand même. C’est très pénible. On est plus ou moins dans la zone. C’est un peu dur car j’ai pas trop d’électronique donc la nuit, c’est un peu la galère. Ca fait longtemps déjà. Mes problèmes de batterie m’ont flingué la centrale, je vis un peu à l’ancienne. Je suis à la pompe manuelle et je prends le vent à l’extérieur du bateau mais on survit, on arrive à naviguer quand même.
Hier, j’ai passé une bonne journée. Il y a 24 heures, j’ai passé un petit front, je suis resté derrière toute la nuit. Au petit matin, je me suis planté dedans, cela m’a permis de bien l’identifier. Je suis descendu hier dans le couloir de vent derrière le front jusqu’à la tombée de la nuit. C’était pas mal. Ensuite, j’ai bien fait de me dégager du restant du front car le bout était un pot de pus avec des orages.
Maintenant il n’y a plus grand chose. C’est un peu arrêt buffet. Il n’y a pas un nœud de vent pour avancer donc j’essaye de mettre tout cela dans le bon sens mais pour l’instant je n’ai pas beaucoup de réussite.
Je ne suis pas à la barre, le pilote ne marche pas avec le vent mais avec le compas. Je suis entre la commande de pilote et les écoutes. Je cours à droite à gauche. Je m’arrache les cheveux avec les fichiers météo. Là où nous sommes, nous devrions avoir 4 nœuds de vent mais on ne les a pas. La fin de course risque d’être assez longue et hasardeuse. On va essayer de guetter tous les signes et de se débrouiller avec. Le mieux là, c’est de ne pas dormir. Si tu dors quand il n’y a rien, tu prends le risque de rater le démarrage. Quand il n’y a pas de vent, le mieux c’est de dormir un minimum. Hier j’ai dormi. Là, il faut faire des petites tranches de sommeil de 10 minutes. Ce n’est pas super fun, on va faire avec. »
Classement à 12h00 :
1 Veolia Environnement
2 Brit Air à 80 milles
3 Virbac Paprec 3 à 102,6 milles
4 PRB à 112 milles
5 Safran à 125,1 milles
6 DCNS 1000 à 268,8 milles
7 FONCIA à 475,5 milles
8 Akena Vérandas à 496,2 milles
ABD Groupe Bel
12 Novembre 2010
12ème jour de course pour les solitaires de la classe IMOCA. Une chose est donc sûre, Roland Jourdain gardera le record de la course qu’il a établi il y a quatre ans (12 jours 11 heures 58 minutes et 58 secondes). Mais l’essentiel n’est pas là. Le record est de toute façon loin des esprits des skippers qui bataillent comme des chiffonniers depuis le départ de Bretagne. Cette nuit a apporté son lot de surprises avec le retour fulgurant des nordistes. La plus belle opération a été effectuée par Marc Guillemot qui a repris 78 milles en 24 heures à Veolia Environnement, toujours en tête ! Le scénario, à 185 milles de l’arrivée, est incroyable puisque Brit’Air, Safran et Virbac Paprec se tiennent maintenant en seulement 20 petits milles…
Après le passage du front hier soir, Safran et Virbac Paprec ont en effet touché des vents portants qui leur ont permis d’accélérer tandis que Veolia Environnement et Brit Air bénéficiaient d’un flux plus soutenu mais de Sud Ouest. Alors que les nordistes glissent, Bilou et Armel progressent donc au près.
Derrière, Vincent Riou, décalé légèrement dans l’Est hier soir (60 milles d’écart latéral avec Safran), progresse en bordure du front dans un vent de Nord Ouest. Au classement de 16h00, il est 5ème à 132 milles du leader soit un gain de 50 milles en 24 heures. « Ca avance, j’ai du vent de Nord Ouest. Je suis calé dans l’ouest de la bande de nuages. J’avance à 8,3 nœuds pour 8 nœuds de vent. Safran a du vent solide, il descend avec depuis deux jours et ne s’arrête pas beaucoup » explique Vincent cet après-midi. Toute analyse de la situation est pourtant très complexe car chacun s’accorde à dire que les fichiers ne correspondent pas du tout à la réalité observée. Jusqu’au bout, il va falloir faire avec ces conditions incertaines qui mettent les nerfs des marins à ! rudes épreuves. Les IMOCA pourraient pointer leurs étraves sur le Nord de la Guadeloupe dans moins de 5 nœuds de vent… Pas sûr que beaucoup y auraient crû si on leur avait raconté un tel scénario au départ de Saint Malo !
ETA : Vincent était à 16h00 à 260 du Nord de la Guadeloupe. Il estime que son arrivée pourrait avoir lieu dans la nuit de dimanche à lundi, heure de Paris.
Vincent par téléphone vers 16h :
« Ca avance, j’ai du vent de Nord Ouest. Je suis calé dans l’ouest de la bande de nuages. J’avance à 8,3 nœuds pour 8 nœuds de vent. Safran a du vent solide, il descend avec depuis deux jours et ne s’arrête pas beaucoup. J’ai passé le front hier en début de nuit, j’ai eu 35 – 40 nœuds de vent et une mer courte. Les conditions sont vraiment super dures. Brit Air et Environnement tirent des bords de l’autre côté du front, ils n’ont pas beaucoup de vent. Safran lui tire aussi des bords mais au portant. La bonne nouvelle, c’est que j’avance toujours plus vite que prévu par les fichiers ».
Classement de 16h00 :
1 Veolia Environnement
2 Brit Air à 74,7 milles
3 Virbac Paprec 3 à 78,9 milles
4 Safran à 93,2 milles
5 PRB à 132,3 milles
6 DCNS 1000 à 257,2 milles
7 FONCIA à 538 milles
8 Akena Vérandas à 567,7 milles
ABD Groupe Bel
11 novembre 2010 :
Décidément, la météo n’est pas tendre avec la flotte des IMOCA.
Ce matin, les solitaires racontaient quasiment d’une seule voix, une nuit difficile à chasser le moindre souffle. Progressant en marge d’une perturbation, les skippers des 60’ ont du gérer une alternance de calmes et de vents modérés. Vincent, pendant une douzaine d’heures a du faire avec un vent variant de 2 à 3,5 nœuds…
Entré dans ces calmes hier midi, il en est sorti seulement ce matin vers 9h (HF). Le skipper de PRB expliquait quand dans ces conditions, la difficulté est de réussir à porter des œillères pour se concentrer uniquement sur la marche du bateau : « cela fait 10 jours que l’on vit au rythme des classements mais actuellement, si on reste sur ce mode, on est trop à fond et c’est dur à gérer. Cela génère un stress énorme. Je crois qu’il faut être un peu détaché sinon, on devient dingue. En tout cas, moi, c’est ce que je fais. Ma priorité est de trouver le chemin le plus rapide pour aller en Guadeloupe mais ce n’est pas de regarder ce que fait Safran ou tel autre bateau ». Ce matin vers 9h00 (HF), PRB retouchait enfin un flux d’une dizaine de nœuds d’Est – Sud Est. Soulagement à bord du monocoque vend&! eacute;en car la traversée de cette zone de molle a fait perdre du terrain à Vincent, 5ème au classement de 16h00 à 184 milles du leader.
La journée devrait permettre aux solitaires de s’assurer des moyennes plus élevées que sur les dernières 24 heures puisqu’ils s’apprêtent à passer un nouveau front ce soir. Le vent devrait atteindre une vingtaine de nœuds en début de nuit. Mais derrière, de nouveau, ce sera les calmes. Et dans ces conditions, difficiles de choisir sa trajectoire. Quand les valeurs de vent descendent sous les 5 nœuds, les fichiers deviennent plus imprécis et la réalité rencontrée sur l’eau est parfois bien différente de celle indiquée sur les cartes. Le casse tête n’est donc pas terminé.
A 340 milles de la Guadeloupe, Bilou maintient son écart sur Brit Air, 76 milles d’avance. Il y a quatre ans, jour pour jour, il remportait la Route du Rhum seulement 27 minutes devant Jean Le Cam qui avait, 48 heures plus tôt, plus de 100 milles de retard... La troisième place reste elle aussi très ouverte au vu des écarts latéraux importants entre PRB, Virbac Paprec et Safran. Vincent et Marc Guillemot sont par exemple décalés de 120 milles et ne sont donc pas dans les mêmes zones d’influence. Chacun joue sa carte et tente sa chance pour être de ce podium 2010 !
Vincent à la vacation ce midi :
« C’est plus que compliqué ! A vrai dire, on ne peut se fier à rien. Il n’y a pas un modèle qui dit vrai. C’est un peu la kermesse… Nous allons devoir négocier un petit minimum pour ce soir ou demain mais derrière, il y a aussi de la pétole. Il va falloir se débrouiller mais ça peut prendre un peu de temps. On sait qu’il va falloir aller un peu plus dans l’Ouest chercher ce minimum. Mais globalement, on a des visions à très court terme. Entre hier soir et ce matin, il n’y a pas un modèle qui dit la même chose et pas un qui collait à la réalité. L’ambiance en ce moment, c’est petite risée donc les voiles ne faseyent pas. Hier, cela a été un très long après-midi dans la pétole. Hier soir, c’était un peu mieux, j’avais 4 – 5 nœuds de vent. ! C’est très lent en moyenne. En plus, l’angle du vent ne nous permet pas d’aller là où on veut. Donc on est sans cesse dans le compromis. La houle se calme doucement, le bateau bouge mais les voiles tiennent un peu. Quand ça démarre, c’est top. C’est le cas là mais combien de temps ca va durer ? Et puis l’autre question, c’est aussi de savoir où tu vas avec le semblant de vent que tu touches ? Mais c’est le lot de tout le monde.
Là, il faut essayer de se détacher de la course et chercher simplement à faire avancer son bateau. Vu le temps que ca va durer, cela risque d’être compliqué. Je ne suis pas résigné, je me bats mais j’essaye de sortir de ma tête les performances des autres. Cela fait 10 jours que l’on vit au rythme des classements mais actuellement, si on reste sur ce mode, on est trop à fond et c’est dur à gérer. Cela génère un stress énorme. Je crois qu’il faut être un peu détaché sinon, on devient dingue. En tout cas, moi, c’est ce que je fais. Ma priorité est de trouver le chemin le plus rapide pour aller en Guadeloupe mais ce n’est pas de regarder ce que fait Safran ou tel autre bateau. »
Classement à 16h :
1 Veolia Environnement
2 Brit Air à 76,3 milles
3 Virbac Paprec 3 à 129,8 milles
4 Safran à 169,3 miles
5 PRB à 184,2 milles
6 DCNS 1000 à 289,3 milles
7 FONCIA à 581,8 milles
8 Akena Vérandas à 636,7 milles
ABD Groupe Bel
10 novembre 2010 : TOUT FOUT LE CAMP… MEME LES ALIZES !
Le menu d’une Route du Rhum « classique » c’est des dépressions hivernales en hors d’œuvre dans le Golfe de Gascogne et proche atlantique, une zone de transition plus ou moins étendue aux environs des Açores puis, en dessert, le boulevard des Alizés jusqu’aux Antilles. Normalement… Sauf que cette fois rien ne se passe comme dans les livres. Les IMOCA sont sortis sans encombre d’un Golfe de Gascogne sous influence anticyclonique, ils ont dû gérer leur première perturbation aux environs des Açores pour finalement se retrouver dans une vaste zone d’incertitude à l’approche de l’arc antillais. La faute aux dépressions tropicales qui circulent au nord de cet arc : elles génèrent des vents d’ouest forts donc contraires puis laissent place à de vastes zones de calme là où le souffl! e chaud des Alizés devrait pousser les bateaux vers les Caraïbes. De quoi en perdre son latin d’autant que « les fichiers météos correspondent peu à ce que nous avons en réalité » expliquait en substance Armel le Cleac’h à la vacation de ce midi. Ce que Vincent confirme : « après en avoir bavé cette nuit avec une bascule très rapide et une mer très dure, nous devrions être dans la pétôle et au lieu de cela j’ai 10 nœuds de vent de nord-ouest ». On imagine que dans ce sens là, la différence entre le « prévu » et le « réel » n’est pas pour déplaire au skipper de PRB. Fatigué par des manœuvres fréquentes et une navigation dans une mer que Roland Jourdain a défini comme « casse bateaux », Vincent se voulait aussi philosophe! : « 100 milles de retard alors qu’il ne reste plus que 600 milles à parcourir ce n’est pas rien… Je vais surtout essayer de faire au mieux pour arriver le plus vite possible ». D’autant que dans ces conditions météo aussi lunatiques, il sait aussi qu’un autre facteur va entre en compte : « c’est un championnat du monde de la chance ! ». Et dans ce type de compétition, on sait que tout peut arriver. Au classement de la mi-journée, c’était au tour de Veolia Environnement d’être ralenti (pointé à 6,4 nœuds) alors que PRB, 4ème à 106 milles, était avec 12,3 nœuds le plus rapide des Imoca. Sans savoir combien de temps cela durera mais en se disant que ce qui est pris n’est plus à prendre...
Vincent Riou à la vacation de ce midi :
« Cela change pas mal. Il faut essayer de rester performant mais un retard de 100 milles à 600 milles de l’arrivée c’est beaucoup, ce n’est pas rien. On va essayer de se battre au maximum pour arriver le plus vite possible comme tout le monde. Pour le moment j’ai 10 à 15 nœuds de vent de nord ouest donc du portant. J’ai des petits bobos comme tout le monde, on vit avec. C’est sur que la cadence est élevée et que cela fatigue »
Classement à 12h00 :
1 Veolia Environnement
2 Brit Air à 42,5 mn
3 Virbac Paprec 3 à 94,6 mn
4 PRB à 106,2 mn
...
ABD Groupe Bel
9 novembre 2010
Alors que Franck Cammas vient de remporter brillamment cette Route du Rhum – La Banque Postale 2010 dans la catégorie Ultime, la course ne manque pas de piquant chez les IMOCA. Après deux jours à fond au portant, les leaders ont fait face hier à une coupure générale du ventilateur mais tout le monde n’a pas été logé à la même enseigne.
Roland Jourdain a réussi à sauvegarder son leadership en ressortant le premier de la zone de calme. Armel Le Cleac’h a été ralenti mais au final, n’a pas perdu de terrain avec son décalage dans le Sud. Il reste 2ème et a même diminué son retard au classement de 16h00 (29,5 mn). Quant à Vincent, il a subi fortement les petits airs. Dès hier soir, vers 20h00 HF, il entrait dans du vent mou… Il y est resté plusieurs heures. « Je suis resté 4 ou 5 heures à moins de deux nœuds de vent. Il n’y avait plus une risée à l’horizon et il y avait des vagues. Le bateau faisait ploc, ploc » raconte le skipper de PRB. Cette punition lui a valu la troisième place. C’est Jean-Pierre Dick qui a profité de son léger décalage dans le Sud pour revenir sur PRB. Rien de dramatique cependant puisque Vincent! était distant de moins de 10 milles du tableau arrière de Virbac Paprec au classement de 16h00 et à 107,1 milles du leader.
Depuis le milieu de nuit, le skipper de Loctudy a progressivement retouché du vent. Les monocoques vont en effet subir aujourd’hui les effets de la dépression tropicale. PRB progressait d‘ailleurs en ce début d’après-midi à 18,5 nœuds et dans 33 nœuds de vent. Tous les concurrents vont toucher ce vent fort, reste que les décalages sur le plan d’eau pourraient faire encore évoluer les classements d’ici une vingtaine d’heures. Alors que certains vont progresser rapidement au reaching, d’autres devront avancer peut être plus longtemps au près serré. Pour Vincent, c’est Armel e Cleac’h, décalé 176 milles dans son sud mais plus proche de la route directe, qui devrait avoir le vent le plus fort. Reste à savoir, si les bateaux les plus au Nord, dont PRB, pourront facilement redescendre après le passage de la dépres! sion tropicale. A l’approche de l’Arc Antillais, plus que jamais, chaque mille gagné ou perdu a son importance.
Vincent par téléphone en début d’après midi :
« La bulle sans vent, sur les fichiers, elle était exactement là où était Armel. Au final, elle est passée sur nous (avec Marc Guillemot, ndlr) soit un décalage de 70 milles. Bilou a profité d’être dans le Nord des grains et à l’ouest pour se faire expulser du truc. Moi, je suis passé sous les grains et derrière… plus rien ! Je me suis fait encalminer pendant 4 ou 5 heures avec moins de 2 nœuds de vent. Il n’y avait plus une risée à l’horizon et il y avait des vagues. Le bateau faisait ploc, ploc. Là, j’ai 33 nœuds de vent, le bateau progresse à 18,5 nœuds. Je pense que pour Armel, le vent sera plus fort. Il fait l’intérieur du virage. Il a réussi à se décaler comme ça sans rien perdre »
Classement à 16h00 :
1 Veolia Environnement
2 Brit Air à 29,5 mn
3 Virbac Paprec 3 à 98,6 mn
4 PRB à 107,1 mn
5 Safran à 125,6 mn
6 DCNS 1000 à 212,3 mn
7 Akena Vérandas à 410,9 mn
8 FONCIA à 464,7 mn
ABD Groupe Bel
8 novembre 2010 : Se préparer au combat
En tête de la flotte des IMOCA, c’est le jeu des chaises musicales pour la place de 2 et de 3. Hier Vincent Riou était deuxième, cette nuit, Armel Le Cleac’h a repris la place. A 1000 milles des Antilles, le match est donc toujours aussi serré. D’ailleurs, l’avance de Roland Jourdain n’est plus maintenant que de 40 milles.
PRB et ses adversaires traversent aujourd’hui une zone de transition, le vent est irrégulier et très faible par moment, virant au Sud puis au Sud Ouest. Des conditions qui pourraient de nouveau modifier les écarts. Ainsi, Armel Le Cleac’h disait ce midi être coincé sous un nuage. Au classement de 15h30, il affichait une moyenne de 2,7 nœuds sur quatre heures ! Pour Vincent et Roland Jourdain, situés plus au Nord que Brit Air, le vent semble un peu plus établi même si les moyennes sont loin de ressembler à celles d’hier. Elles étaient respectivement à 8,8 et 9,4 nœuds sur quatre heures.
Vincent souhaite profiter du répit accordé aujourd’hui pour anticiper le passage de la dépression tropicale, trace du cyclone Tomas. A venir : du vent fort pouvant atteindre 45 à 50 nœuds selon Vincent. Et pour pimenter la chose, c’est de nuit que les marins devront affronter ces conditions. C’est en effet à partir de demain soir que les leaders commenceront à sentir les effets de cette dépression tropicale.
Le programme du jour à bord de PRB était donc de préparer le bateau pour ce coup de vent et de se reposer pour tenter d’avoir les idées claires dans une trentaine d’heures. Vincent s’apprête à mener un « vrai combat », un combat dans lequel le bateau va une nouvelle fois être très sollicité puisque ce vent fort sera contraire. « Je soufflerai une fois que ce sera passé » explique Vincent. Pourtant, derrière, les nerfs des solitaires seront de nouveau mis à rude épreuve. A l’approche des îles, le vent pourrait être aux abonnés absents. De quoi générer un superbe suspens pour les spectateurs que nous sommes mais certainement plus difficile à vivre de l’intérieur…
Vincent par téléphone ce midi :
« Le vent est très irrégulier, très changeant. Dans ces conditions, ce n’est pas facile d’aller dormir car tu sais que ce temps de récupération peut te faire perdre des milles. Au final, je crois que j’ai réussi à faire un bon compromis cette nuit. J’ai dormi mais je n’ai pas perdu de terrain. Hier, je crois que toute la garde robe y est passé. Je suis passé de trois ris / ORC à Grand Voile haute / génois.
Les conditions sont un peu plus sympas aujourd’hui mais c’est aussi rempli de pièges. Nous sommes dans une phase de transition et tu peux te faire empétoler sans prévenir. Cela va être comme ça jusqu’à demain matin ou demain midi. Derrière, on a une dépression tropicale. On pourra avoir jusqu’à 45 – 50 nœuds. On va finir 3 ris / ORC. Donc aujourd’hui, il faut en profiter pour se reposer et mettre le bateau au clair. Dans 36 heures, nous aurons un vrai combat à mener.
Dans mon Vendée Globe 2004, je me suis fait deux dépressions tropicales dans l’hémisphère Sud, le long des côtes d’Amérique du Sud, juste avant la corne du Brésil…. Je m’en souviens encore. Tu sens une bouffée d’air chaud arriver et hop, tu ne sais pas vraiment ce qui te tombe dessus. Heureusement, là, ca ne devrait pas durer trop longtemps. Mais bon, je soufflerai une fois que ce sera passé. »
Classement à 15h40 :
1 Veolia Environnement
2 Brit Air à 40,2 milles
3 PRB à 43,7 milles
4 Safran à 69,8 milles
5 Virbac Paprec 3 à 114,2 milles
6 DCNS 1000 à 120,4 milles
7 Akena Vérandas à 392,5 milles
8 FONCIA à 435,8 milles
ABD Groupe Bel
7 novembre 2010 : Pour la première fois depuis le départ, Vincent prend le fauteuil du dauphin.
La bagarre est intense chez les IMOCA et personne ne lâche rien dans cette première manche de « sangliers » comme la définit Vincent. « Le jeu s’est d’être à fond » résumait-il ce matin. Les moyennes de ces dernières heures le confirment : 17,3 nœuds sur les dernières quatre heures pour PRB (classement de 11h30), 18,6 nœuds pour Veolia Environnement, 18,2 nœuds pour Brit Air !
La journée et le début de nuit prochaine devraient se poursuivre sur ce même rythme. Mais dès demain matin, on devrait attaquer une autre phase radicalement différente, celle de la « finesse » selon Vincent. « On sera sur un nouveau mode de course plutôt régate que grand large et grandes glissades » précise-t-il. Le vent devrait tomber en-dessous de la barre des 20 nœuds et il faudra jouer avec des petits systèmes dépressionnaires jusqu’aux Antilles. Un programme qui n’est pas pour déplaire au skipper de PRB : « les surfs à 20 nœuds dans les vagues, c’est sympa mais éprouvant pour les hommes. Les conditions à venir seront propices à des bateaux comme le mien mais cela risque d’être une belle partie de poker. Moi, ça me convient bien car je ne suis pas très adeptes des régates de sangliers comme on le fait depuis quelques jours !» raconte Vincent à la vacation ce midi. Avec un bateau au top de son potentiel, le solitaire aborde donc ces derniers jours de course sereinement malgré les incertitudes liées à la météo. Si certains ont déjà fait quelques paris pour la suite, comme Armel Le Cleac’h qui explique avoir choisi son placement dès hier matin en prévision de l’arrivée, Vincent lui, a privilégié un placement medium. « J’ai choisi de me positionner là car je ne sais pas trop ce qui va nous tomber dessus. Disons que je suis au milieu et plutôt du côté de la trajectoire que les logiciels de routages indiquent comme la meilleure » analyse Vincent qui s’attend à prendre du plaisir dans la phase finale dans les petits airs.
Vincent à la vacation ce midi :
« Ca va à bord de PRB même si c’est un peu sport depuis ce matin. Le sport va se calmer la nuit prochaine dès qu’on va ralentir, le paquet va se resserrer. On sera sur un nouveau mode de course plutôt régate que grand large et grandes glissades. La météo à venir est complexe : pas beaucoup de vent avec des petits systèmes dépressionnaires. Il va falloir les contourner dans le bon sens, ne pas se laisser coincer au milieu. Il faut arriver en utilisant le peu de vent qu’on aura autour de ces petites dépressions tropicales. Ces conditions seront propices à des bateaux comme le mien mais cela risque d’être une belle partie de poker. Moi, ça me convient bien car je ne suis pas très adepte des régates de sangliers comme on le fait depuis quelques jours ! Je pense prendre du plaisir dans la partie finale. L’écart avec Bilou, ce ! n’est pas grand chose mais c’est déjà ça. J’espère que ces 80 mn vont diminuer un peu cette nuit. Bilou a bien navigué et a été un peu plus vite que nous par moment. La nuit dernière, il a mis un petit coup d’accélérateur, c’est son truc à Bilou, il aime bien ce genre de conditions, ce genre de situation où il faut allumer en fermant les yeux. Je m’applique à garder mon bateau ok pour avoir tous mes moyens dans la dernière ligne droite. »
Classement à 11h30 :
1 Veolia Environnement
2 PRB à 82,2 mn
3 Brit Air à 96 mn
4 Safran à 101,4 mn
5 Virbac Paprec 3 à 148,1 mn
6 DCNS 1000 à 211,6 mn
7 FONCIA à 421,1 mn
8 Akena Vérandas à 424,4 mn
ABD Groupe Bel
6 novembre 2010 : PRB occupe toujours la 3ème place du classement, le monocoque est à 49,1 milles de Veolia Environnement, leader.
A bord des 60’, la concentration est optimale car les solitaires vont effectuer dans l’après-midi un empannage. Au vu des conditions de navigations, la difficulté sera de distinguer la bascule franche et générale du vent au Nord Est des bascules partielles générées par les nuages… La tête de flotte des 60’ dont fait partie Vincent navigue en effet sous les grains et dans une mer courte. Le vent est instable en direction et passe de 20 nœuds à 37 nœuds dans les rafales les plus fortes. « On changera de bord quand le vent sera au 65-70. J’ai failli empanner ce matin et ça aurait été une grosse erreur. En fait, le vent a basculé sous un nuage et il est tout de suite revenu au 50 » raconte Vincent. Alors que moins de 50 milles le séparent du leader, pas question pour le skipper de PRB de perdre le moins milles dans les heures à venir. Une fois l’empannage effectué, les nordistes qui naviguent 300 milles au-dessus de la route directe et se trouvent à seulement 500 milles des bancs de Terre Neuve (c’est dire si cette route Nord est inhabituelle pour une Route du Rhum), pourront alors filer à vive allure vers le Sud. Pour l’heure, malgré les moyennes élevées affichées par les 60’, Vincent juge que chacun joue la prudence. « Tout le monde est bien calé sur un rythme solitaire » analyse-t-il. Comprenez qu’entre deux choix de voile, Vincent préfère privilégier la plus petite pour ne pas risquer, dans ces conditions instables, de coucher le bateau. Les petits bobos de chacun, perte de gennaker pour Marc Guillemot et deux black out électriques pour Jean-Pierre Dick hier, rappellent que la course peut vite être réduite à néant. Pour Kito de Pavant, c’est le cas. Le skipper de Groupe Bel a annoncé ce matin son abandon pour des problèmes de quille (rupture de l’axe de sa tête de quille).
Vincent par téléphone en fin de matinée :
« J’ai bien dormi cette nuit, je crois même que j’ai dormi autant que le temps cumulé de sommeil depuis le départ. Derrière le front, on avait un vent au 10. Là, il est entre le 55 et le 60 et on changera de bord quand le vent sera au 65-70. Le vent est hyper instable il y a des grains partout avec de grosses bascules. C’est un peu compliqué car soit on passe le temps à rouler/dérouler les voiles d’avant, soit on choisit une configuration de voile au risque d’être sous toilé à certains moments. J’ai l’impression que tout le monde est bien sur un rythme solitaire. Car on pourrait aller plus vite mais on joue la prudence. La mer est courte mais si tu vas plus vite et que tu descends, tu risques de planter le bateau à chaque vague. Globalement, c’est la même ambiance qu’hier, c’est-à-dire humide ! »
Classement IMOCA à 11h40 :
1 Veolia Environnement
2 Brit Air à 32,2 mn
3 PRB à 49,1 mn
4 Virbac Paprec à 65,8 mn
5 Safran à 81,1 mn
6 DCNS 1000 à 153,1 mn
7 FONCIA à 329,9 mn
8 Akena Vérandas à 332,4 mn
ABD Groupe Bel
5 novembre 2010 : A entendre les solitaires, ce n’est pas sur l’eau que cela s’est joué cette nuit mais « sous » l’eau
Les 60’ Imoca avaient en effet tout de « sous-marins » après le passage du front froid. Vincent a franchi ce front vers minuit, ses explications nous donne une idée précise de l’ambiance : « Le vent est rentré super fort derrière le front. Mais ça s’est bien passé. J’étais avec un ris dans la grand voile et sous génois quand c’est parti d’un seul coup ! J’ai eu du mal à rouler le génois mais cela a duré quelques minutes et après, c’est reparti. On avait 28 nœuds et mer plate au début donc ça filait vite. Le bateau volait ! Cette nuit, j’ai eu jusque 38 nœuds de vent. Après, la mer a commencé &agrav! e; se former. Et c’était moins agréable, il y avait vraiment de l’eau partout, je suis trempé jusqu’aux os ! Dès que tu abattais pour ralentir, tu plantais dans les vagues ».
Pour PRB, le passage de ce front froid s’est donc bien passé alors que certains y ont laissé des plumes comme Marc Guillemot qui a perdu un gennaker. Depuis ce matin, les IMOCA ne cessent d’accélérer, poussés par un vent de secteur Nord Ouest d’une trentaine de nœuds. En fin de matinée, PRB naviguait entre 18 et 25 nœuds de vent… Ca fume donc sous les étraves des 60’ comme en témoignent les images tournées et envoyées ce jour par Vincent et visibles sur le site www.prb.fr
Ces belles performances permettent à PRB de naviguer dans le trio de tête, le monocoque vendéen est maintenant 3ème à 45 milles de Veolia Environnement, leader depuis hier matin. C’est la première fois que Vincent navigue dans des conditions aussi soutenues avec son nouveau plan VPLP/Verdier et le bilan est positif. « Le bateau se comporte bien dans ces conditions et j’essaie au maximum de le préserver » raconte Vincent.
Pendant 48 heures, l’enjeu va être de profiter de ces vents portants. Vincent qui s’est repositionné cette nuit légèrement dans le Sud de Roland Jourdain et dans le nord de Brit Air espère garder plus longtemps le flux soutenu et donc réduire un peu l’écart avant l’arrivée dans une zone perturbée par la présence d’une dépression tropicale sur l’arc Antillais. « Il va falloir garder les idées claires, du jus et un matériel en bon état pour gérer ce passage délicat » prévient Vincent. L’arrivée sur la Guadeloupe promet d’être pimentée !
Vincent Riou par téléphone à 11h :
« Le vent est rentré super fort derrière le front. Mais ça s’est bien passé. J’étais avec un ris dans la Grand Voile et sous génois quand c’est parti d’un seul coup ! J’ai eu du mal à rouler le génois mais cela a duré quelques minutes et après, c’est reparti. On avait 28 nœuds et mer plate au début donc ça filait vite. Le bateau volait ! Cette nuit, j’ai eu jusque 38 nœuds de vent. Après, la mer a commencé à se former. Et c’était moins agréable, il y avait vraiment de l’eau partout, je suis trempé jusqu’aux os ! Dès que tu abattais pour ralentir, tu plantais dans les vagues. Depuis une heure et demie, je vais beaucoup plus vite. Il y a du soleil mais c’est encore extrêmement humide. Je n’avais pas enlevé mes vêtements depuis le! départ et après le passage du front, j’ai voulu aller me reposer. J’avais froid donc j’ai enlevé mon ciré et me suis changé intégralement. Ensuite, j’ai remis mon ciré et quand le vent est rentré, j’ai été de nouveau trempé ! Dans 48 heures, il va falloir garder les idées claires, du jus et un matériel en bon état pour gérer ce passage délicat. »
Classement à 16h00 :
1 – Roland Jourdain (Veolia Environnement)
2 –Armel Le Cleac’h (Brit Air) à 34,1 mn
3 – Vincent Riou (PRB) à 45 mn
4 – Jean-Pierre Dick (Paprec Virbac) à 50,2 mn
5 – Kito de Pavant (Groupe Bel) à 71,6 mn
4 Novembre 2010, « CE N’EST PAS MAINTENANT QUE CA VA SE JOUER ! »
La route nord, proche de l’orthodromie, peut s’avérer la plus rapide dans une Route du Rhum mais elle est assurément la plus inconfortable. Impossible en effet d’espérer éviter une perturbation dans les parages : s’ils ont passé le Golfe de Gascogne sans encombre, c’est maintenant, à environ 300 milles au nord des Açores, que les 60 pieds Imoca doivent gérer les conditions les plus difficiles depuis le départ. Si le vent de secteur sud reste maniable – il devrait tourner et dépasser force 7 la nuit prochaine après le passage du front – la houle d’Atlantique leur inflige une navigation heurtée. On est loin de la tempête mais proche de conditions « casse-bateaux » où tout l’art est de ne pas céder à la tentation de surtoiler son monocoque.
Dans cet exercice, l’expérience est ici évidemment essentielle. Et Vincent en a… Situé le plus au nord des Imoca, en 4ème position à moins de 20 milles du leader Roland Jourdain, le skipper de PRB explique en garder sous le pied, certain « que ce n’est pas maintenant que ça va se jouer ». Traduction : pas la peine de forcer son bateau pour grappiller une place ou quelques milles, l’important est de rester dans le groupe de tête, de ménager son bateau et de bien se positionner pour la rotation attendue des vents au portant. Une feuille de route que Vincent respecte pour le moment à la lettre… Côté stratégie générale, le skipper peut se féliciter d’avoir choisi la route nord puisque Michel Desjoyeaux, dans la vacation de ce matin a avoué qu’il regrettait son choix. « Ce n’était pas là qu’il fallait être, j’en suis maintenant convaincu » a expliqué le double vainqueur du Vendée Globe. Un aveu, de la part d’un spécialiste de la météo, qui va permettre aux nordistes de mieux supporter les rigueurs de ce long bord de près.
Vincent Riou au téléphone ce matin
« Tout va bien à bord de PRB. Ce sont encore des conditions de navigation très inconfortables mais on va vers du mieux. Cette nuit, j’ai eu jusqu’à 28 – 29 nœuds, je fais attention au bateau, j’essaye de bien anticiper et de ne jamais être surtoilé. De toute façon, ce n’est pas maintenant que ca va se jouer. J’ai pu récupérer un peu cette nuit car la fatigue se faisait sentir. Là, je suis à 15 nœuds. Nous allons devoir gérer le front dans la nuit mais je pense que ce ne sera pas trop compliqué. Les modèles sont assez d’accord. Juste après le front, on sera au portant et probablement dans du vent soutenu. On sera rapidement dans 30 nœuds. Il faudra faire attention au matériel ».
Classement IMOCA jeudi à 16 heures (heure française) :
1- Veolia Environnement - Roland Jourdain à 2518 milles du but
2 - Armel Le Cléac'h - Brit Air à 11,9 milles
3 - Jean-Pierre Dick - Virbac-Paprec 3 à 16,7 milles
4 - Vincent Riou - PRB à 24,7 milles
3 Novembre 2010, Vincent Riou, le plus nordiste des nordistes
A retenir dans ce communiqué :
- Vincent Riou vient de prendre la 4ème place
- Comme ses proches concurrents, il a enchaîné les virements ces derniers jours
- Il se prépare pour un long bord le long de l’anticyclone
Alors que le gros de la flotte IMOCA évolue à 330 milles dans l’Ouest du Cap Finistère, la bataille entre les nouveaux coursiers est plus rude que jamais. Si l’on excepte les « dissidents », Arnaud Boissières et Michel Desjoyeaux qui croisent en ce moment à la hauteur de Gibraltar, seuls 32 petits milles séparent Armel Le Cléac’h, le leader, de Kito de Pavant qui ferme la marche à bord de Groupe BEL. Ces deux derniers jours, le groupe des nordistes a enchaîné les virements de bord dans un match tellement serré que Groupe Bel et Safran ont frôlé la collision cette nuit. « J’ai entendu mon radar, je suis sorti et Safran était à 50 mètres derrière moi » annonçait Kito à la vacation de ce matin. Cet accident évité de justesse dit beaucoup de ce match au coude à coude qui se joue en Atlantique. Vincent Riou, le plus au nord de ce groupe des nordistes vient de prendre la 4ème place et il est au dernier classement, l’un des plus véloces de son groupe. Ces derniers jours, le marin de Loctudy a cravaché, enchaînant 7 virements de bords et un 60 pieds IMOCA ne change pas d’amure comme un 420. « Ca prend 20 minutes quand tu es à fond. Tu sors, t’es trempé ! C’est comme si tu faisais à chaque fois un jogging » explique le skipper qui peut maintenant souffler un peu. Comme ses proches concurrents, il est lancé sur un bord qui va l’amener, d’ici 24 heures au contact d’un front. Passé ce stade, Vincent profitera de vents portants qui lui permettront de progresser plus vite sur la route.
Interview de Vincent Riou :
J’ai fait une nuit tranquille car j’avais besoin de récupérer. J’ai eu 14/15 nœuds toute la nuit, maintenant le vent rentre un peu. J’ai du Sud Ouest. Pour faire un virement, tu commences par ouvrir un peu la Grand Voile. Ensuite, tu descends pour commencer à vider les ballasts puis tu dématosses. A chaque fois, je déplace 600 à 700 kg de voiles et de matériel. Tu fais ton virement, tu rebordes tes voiles et tu descends et tu remontes la dérive… Tout cela prend 20 minutes quand tu es à fond. Tu sors, t’es trempé ! C’est comme si tu faisais à chaque fois un jogging. Si tu fais deux virements à suivre, c’est l’équivalent de deux joggings. Une fois que tu as ouvert la Grand Voile, le bateau ralentit très vite donc c’est un peu la course contre la montre pour perdre le moins de temps possible. Depuis le début ! de la course, j’ai fait à peu près 7 virements. »
Classement à 16h00 :
1 – Armel Le Cleac’h (Brit Air)
2 – Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 3,2 mn
3 – Christopher Pratt (DCNS 1000) à 14,6 mn
4 – Vincent Riou (PRB) à 15,9 mn
2 Novembre 2010, nord ou Sud, Vincent a choisi son camp
A retenir dans ce communiqué :
- Vincent fait le choix de la majorité : le Nord
- Les nordistes vont progresser au près au moins jusque jeudi
- Brit Air mène chez les IMOCA, Vincent est 5ème
C’est la route Nord qui a eu les faveurs de Vincent Riou et de PRB. Le skipper de Loctudy n’est d’ailleurs pas le seul à avoir privilégié ce contournement de l’anticyclone par le Nord. Seuls deux bateaux ont plongé au portant vers le Sud : Foncia et Akena Vérandas. Pour l’heure, le groupe du Nord a pris les commandes avec Brit Air en tête. A 16h, PRB était 5ème à 24 milles.
« Je suis au milieu du paquet au Nord, je ne prends pas trop de risques. Pourquoi pas une route Sud ? On verra mais en tout cas, aucun routage ne la voyait gagnante » expliquait Vincent ce matin. Pour PRB et les autres partisans du Nord, les heures à venir ne s’annoncent pas de tout repos. Les 60’ vont en effet devoir traverser une succession de petites perturbations. Ils devaient d’ailleurs traverser un nouveau front dans la journée et jusqu’à demain matin. Jusque jeudi au moins, c’est au près que la course va se disputer pour PRB et les nordistes. Les solitaires vont donc enchainer les virements, le repos n’est décidemment pas au programme des prochaines heures… Heureusement, depuis ce matin, la mer s’est arrondie favorisant le passage des monocoques.
On le voit, après 48 heures de course, les dés sont jetés et il faudra attendre le croisement des routes Nord et Sud, après le passage de l’anticyclone pour compter les points et pouvoir donner une valeur au classement. Ce qui est sûr, c’est que Foncia et Akena Vérandas qui ont déjà franchi la latitude du Cap Finisterre, devraient connaître une hémorragie de milles dès la nuit prochaine. Les deux adversaires de PRB qui assument leur choix de route différent vont en effet devoir traverser une dorsale et devront donc gérer des vents portants certes mais faibles. Au nord, le flux de secteur Ouest devrait se maintenir. Après le passage de l’Anticyclone, la flotte poursuivra sa descente vers le Sud et déjà, Vincent regarde de l’autre côté de l’Atlantique. Le dernier tiers de la course est sous haute surveillance puisqu’une dépression tropicale est actuellement visible sur les fichiers. Mais pour l’instant, rien de définitif… La météo évolue chaque jour et les Antilles ne seront gagnées que dans une semaine !
Vincent à la vacation ce matin :
« Le vent est assez variable en force et en direction. C’est un peu fatigant mais ça fait partie du jeu. On a eu pas mal de manœuvres cette nuit et de virements de bord. Je me repose au compte goutte mais je me repose tout de même. La météo est assez claire et, en dehors de Foncia et AKENA qui ont pris l’autoroute du soleil, on va bientôt rencontrer un petit front. Après, on descendra comme on pourra vers les Antilles. Eux, ils n’auront pas de vent au milieu mais nous, on va rencontrer des dépressions tropicales. On verra ce que ça donne ! J’ai des petits soucis comme tout le monde mais rien d’insurmontable. »
Classement à 16h00 :
1 – Armel Le Cleac’h (Brit Air)
2 – Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 4,5 mn
3 – Christopher Pratt (DCNS 1000) à 11,4 mn
4 – Jean-Pierre Dick (Paprec Virbac) à 14,7 mn
5 – Vincent Riou (PRB) à 24 mn
31 Octobre 2010, beau départ de PRB
A retenir dans ce communiqué :
- Départ de la Route du Rhum - La Banque Postale donné à 13h02
- PRB a pris le meilleur départ de la flotte IMOCA
- Vincent était 4ème à la bouée de Fréhel
C’est vers 6h40 ce matin que Vincent arrive quai Duguay Trouin. L’allure décontractée et le visage tout sourire, cette dernière nuit à terre n’a visiblement pas entamé la sérénité affichée par le skipper de PRB durant toute la semaine. Après quelques mots échangés avec ses parents et les salariés de PRB présents, Vincent rejoint son équipe pour mener son monocoque jusque dans l’écluse.
A 13h02, comme prévu, la flotte des 85 bateaux engagés sur cette Route du Rhum – La Banque Postale s’élance au pied de la Pointe du Grouin. Une multitude de voiliers et de bateaux à moteur jouent les accompagnateurs. Plus de 1000 embarcations sont postés au Cap Fréhel pour voir les solitaires franchir la première marque de passage ! Sur les falaises, 50 000 personnes sont postées pour acclamer les skippers et les saluer une dernière fois avant qu’ils ne s’éloignent vers le large. Pour Vincent, le départ dans un vent de Sud Est de 14 nœuds se déroule à la perfection puisque le monocoque vendéen est le premier IMOCA à s’élancer ! Sous gennaker, Vincent se fraye un passage parmi tous les bateaux suiveurs en direction de la bouée de Fréhel. Les conditions sont clémentes et les 18 milles qui séparent la ligne de départ de la première marque de passage se déroulent sans encombre. Virbac Paprec progresse sous le vent de PRB. Sous spi, Jean-Pierre Dick bénéficie d’un meilleur angle et arrive en tête à la bouée rouge, une heure et 47 minutes après le coup d’envoi. Foncia, qui a également opté pour le spi, est deuxième et Kito de Pavant est le troisième à présenter son étrave sous les falaises du magnifique cap costarmoricain. Vincent lui est le quatrième à franchir la marque, 12 minutes après Virbac Paprec. Pour le skipper de Loctudy comme pour ses adversaires, Fréhel symbolise la véritable entrée dans la course et dans la solitude. Le large est désormais à eux pour 12 jours !
Vincent ce matin alors qu’il quittait le ponton :
« Avec 85 bateaux sur la ligne, il va falloir faire attention mais je sens que tout va bien se passer. Les conditions météo sont de la partie. La Route du Rhum, c’est l’un des événements majeurs de notre sport. Prendre ce départ, c’est super même si traverser l’Atlantique constitue presque notre quotidien de coureur au large. Mais cette course est mythique et nous sommes nombreux à vouloir l’accrocher à notre palmarès. Le public a été très nombreux durant cette semaine à Saint Malo. Cela fait plaisir de sentir cet engouement et ce soutien. Cela signifie que notre sport plait et qu’il fait rêver. »
Passage à la Bouée de Fréhel :
1 – Virbac Paprec 3 (Jean-Pierre Dick) à 14h47
2 – Foncia (Michel Desjoyeaux) à 14h55
3 – Groupe Bel (Kito de Pavant) à 14h56
4 – PRB (Vincent Riou) à 14h59
Réalisation : B&B Communication.